Transition numérique, pourquoi les entreprises hésitent?

Il y a maintenant 18 mois le rapport de Philippe Lemoine au gouvernement dressait un plan en 180 points pour une transformation numérique rapide, globale et durable de notre économie.

Le rapport prenait acte d’une disruption digitale, une transformation numérique de l’économie et de la société.

Du constat partaient des propositions d’actions pour que, de l’usager aux producteurs en passant par les administrations publiques, le numérique devienne un atout pour le développement de l’activité économique de la France.

Appropriation du numérique : un fort décalage entre les usagers et les entreprises

Il y était pointé que si 56% des français avaient déjà fait des achats sur Internet, seulement 11% des entreprises pratiquaient la vente en ligne. Si la France se classait au meilleur niveau mondial des usages internet pour les particuliers (recherches net, e-mails, transactions numériques, réseaux sociaux), une majorité d’entreprises (65%) n’avaient pas de vision arrêtée pour la transition numérique, quand seulement 15% n’en n’auront pas par choix délibéré et assumé.

 

Il y a donc en France un décalage fort entre l’appropriation des technologies de l’internet par les usagers et l’offre des entreprises et leurs pratiques.

Le numérique favorise la croissance des entreprises

Le rapport rappelait les résultats de l’étude réalisée conjointement par le MIT et CAPGEMINI sur la maturité numérique des entreprises : les entreprises ayant basculé dans l’ère numérique ont une croissance plus élevée de 6% et une rentabilité supérieure de 16% à la moyenne des entreprises. Le numérique est donc bien un facteur de compétitivité.

 

Le numérique est donc essentiel pour la croissance du pays, d’autant plus que ce qui apparaît aujourd’hui comme une fragilité du tissu économique français (un grand nombre de TPEs et PMEs dispersées et peu d’ETIs) peut devenir un atout grâce au concours du numérique qui favorise la mise en place d’écosystèmes d’entreprises innovants et agiles. 

France et Europe : un cadre juridique protecteur pour développer le numérique

On peut considérer que notre continent est en avance sur le reste du Monde dans la mise en place d’un cadre juridique qui permet d’échanger des données en sécurité ; en 1978 avec la loi informatique et libertés, la France faisait déjà figure de précurseur. Depuis, le cadre juridique s’est étoffé en France et au sein de la CEE. La commission Européenne a clarifié le cadre légal des échanges numériques en abrogeant les directives 65/46 et 1999/93/CE remplacées par le Règlement Identification Electronique et Services de Confiance.

Ce nouveau règlement sera pleinement applicable au 1er juillet 2016 et offrira un cadre juridique unique pour les transactions numériques au sein de la Communauté Européenne.

Les bases pour la Confiance Numérique sont établies.

Une bonne connaissance des règles juridiques applicables aux échanges de données par internet est bien sûr indispensable pour aborder un projet de transition numérique en toute sérénité.

En France, un secteur public catalyseur de la transition numérique

Chacun connaît les velléités de l’Etat pour inciter les particuliers à effectuer leur déclaration de revenus en lignes. Ce qui est moins connu peut être est l’activisme déployé par nos services publics pour tout ce qui concerne les marchés publics :  la plupart des appels d’offres publics sont maintenant dématérialisés, et dans la gestion des marchés, l’Etat impose le passage à la facturation électronique, avec le calendrier suivant :

 -          1er janvier 2017 pour les grands groupes

 -          1er janvier 2018 pour les ETIs

 -          1er janvier 2019 pour les PMEs

 -          1 er janvier 2020 pour les TPEs

 

D’une certaine façon l’Etat incite les entreprises à se moderniser, et il devient incontournable pour les fournisseurs du public de s’intéresser à la dématérialisation des factures, faute de quoi, il ne sera plus possible de contracter avec l’Etat.

Beaucoup de collectivités locales ont par ailleurs engagé des réflexions sur la transition digitale, non seulement en vue d’un meilleur service aux usagers, mais aussi pour plus d’efficacité et réduire leurs dépenses.

Entreprises : où sont les freins pour aborder la transition numérique

Un mouvement qui accroit la performance des entreprises, un cadre juridique solide, une administration publique en action sur le sujet, des usagers moteurs… Alors quels sont les motifs pour lesquels la majorité des entreprises n’a-t-elle pas encore de plan sur la transition numérique ?

 

Beaucoup pensent que les entreprises qui ne sauront pas prendre le cap de la transformation numérique à temps sont vouées à disparaître. 

Dans la plupart des cas c’est la méconnaissance et la complexité apparente du sujet qui constituent le frein. La question des coûts n’arrive que d’une façon secondaire. Il y a donc pour les entreprises un besoin fort de connaissances, de formation et d’accompagnement sur la transformation digitale pour qu’elles puissent dégager une vision claire sur le schéma de transition numérique qu’elles doivent dessiner.

Tous les secteurs de l’entreprise peuvent être touchés par le numérique et le plus souvent ce sont les directions métiers qui sont demandeuses d’évolution plus que les DSIs. Le premier enjeu pour la Direction de l’entreprise est donc de dégager une vision globale de long terme, à 4 ou 5 ans, car c’est le temps qu’il faut compter pour conduire un projet de transition numérique.

La première étape consiste donc à mettre en place un processus de pilotage stratégique robuste et efficace qui permettra de conduire le projet en générant de l’intelligence collective au sein de l’entreprise.

 

Les dimensions liées à la transition numérique sont nombreuses et engendrent une situation complexe à analyser : marketing, culture de la donnée, outils et réseaux, dématérialisation… Et tout ceci dans un environnement social en mutation avec l’arrivée dans les entreprises de nouvelles générations (y, z,…) qui sauront bousculer les codes et inventer de nouveaux modèles d’affaires. Générations nouvelles et nombreuses, car la France a su cultiver une politique de natalité forte. Elle est là aussi la chance à saisir.

Frédéric Durdux